120 times: la mise en scène d’un texte électronique
120 times 1.0 / Présentation
120 times est un spectacle interactif pour la scène, qui marque une étape nouvelle par rapport à mes précédents travaux théâtraux sur le rapport entre l’écrit, la parole et l’action. 120 times est centré sur le temps réel de la représentation et implique les spectateurs dans les modifications du dispositif pendant le spectacle.
Ce travail est né lors d’une résidence au Centre National des Ecritures du Spectacle à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon et a reçu l'aide du DICRéAM.
Acteurs : Sébastien Eveno, Brice Beaugier, Claire Lapeyre-Mazerat, Aude Léger, Natacha Mendes
Une recherche sur les mutations actuelles de l’écrit
120 times procède avant tout du désir de mettre en scène le texte, au sens littéral du terme, c’est-à-dire de représenter physiquement le texte théâtral sur le plateau et d’en questionner la forme dans le temps présent du spectacle.
Ceci va à l’encontre d’une culture théâtrale qui veut que l’objet-pièce, la pièce écrite sur un support de papier, soit exclue du champ de la représentation. Dans cette logique, la mise en scène se déploie librement sur la base d’un matériau textuel de départ, constitué essentiellement par des dialogues et des didascalies, qui n’est pas questionné par rapport à sa forme matérielle (mise en page, graphisme, taille, découpage en actes et scènes, type de support, par exemple).
Or, cet objet de départ impose des caractéristiques propres qui ont des conséquences sur la représentation : un ordre linéaire, la primauté des choix de l’auteur, une certaine passivité des spectateurs, la contrainte du respect du texte, et peut-être l’idée que la vie telle qu’elle se montre au théâtre est un destin qui trace une ligne entre des événements et des actions.
Or, je constate que dans ma vie, les événements n’existent pas, qu’ils ne sont conçus comme tels qu’après-coup. Que le hasard a une importance essentielle. Que la certitude de la mort ne fait qu’accentuer l’impression fragmentaire du temps.
En somme : que ma vie paraît ressembler beaucoup plus à un hypertexte qu’à un texte, en ce qu’elle n’est pas linéaire, qu’elle n’est pas finie, qu’elle se présente comme des possibles qui se réalisent ou non.
C’est pourquoi, en travaillant sur 120 times, je me suis demandé ce que serait un théâtre qui ne serait pas fondé sur un texte au sens habituel du terme, et aussi comment on peut dire quelque chose de l’existence humaine sur un plateau en déconstruisant le texte qui constitue d’ordinaire le matériau premier de la représentation.
J’ai donc cherché à soumettre le texte au temps réel de la représentation, en tentant d’avancer par étapes d’une situation textuelle habituelle au théâtre vers une situation inhabituelle, car c’est le passage vers un nouveau régime textuel, celui du texte électronique, qui m’intéresse.
120 times est ainsi une recherche sur les mutations actuelles de l’écrit, et sur les bouleversements qu’elles entraînent dans la représentation théâtrale.
Par l’utilisation de textes animés, d’hypertextes, de textes-programmes, de textes projetés, ce travail tente de donner à voir la non-évidence de la forme imprimée des textes de théâtre et d’en tirer les conséquences quant à la représentation.
Un hypertexte pour le théâtre ?
A la manière d’un hypertexte, 120 times modifie la hiérarchie traditionnelle d’un texte de théâtre.
Une des caractéristiques de l’hypertexte est en effet de permettre à l’utilisateur de passer librement et rapidement d’un type de contenu à un autre, sans avoir à suivre nécessairement les cadres fixés par l’auteur d’un document.
Sur le web, on peut par exemple lire une œuvre de fiction, puis, au milieu d’un paragraphe, cliquer sur un lien qui mène vers un commentaire de la page, puis vers un autre qui offre un point de vue différent, puis revenir au point de départ, puis se rendre sur un forum de discussion lié au document original.
Ainsi, on crée soi-même une œuvre unique et originale en fonction de sa sensibilité et de ses besoins en glissant d’un registre de texte à un autre.
120 times imite ces caractéristiques en mettant en scène les éléments textuels et para-textuels que la tradition théâtrale s’attache à cacher et à distinguer les uns des autres.
